Peuple, à toi la parole ! (Des conditions s'appliquent)

12 juin 2026 | Le Collectif de la revue À bâbord !

Notre numéro 108 sera disponible en librairie le 26 juin prochain. Pour consulter la présentation du dossier « Action collective au Québec : Territoires en lutte », c'est ici.

Alors que l'été commence, le Québec se prépare à un automne à saveur électorale. Il y a quelque chose d'ironique dans cette invitation à la population à « se prononcer sur son avenir », comme le veut la formule consacrée, alors même que la dernière année a été marquée par un manque abyssal d'écoute de la part du parti au pouvoir.

Adoptant une posture revancharde suite à sa dégringolade dans les appuis populaires, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a multiplié les projets de loi autoritaires, tant contre l'organisation politique des syndicats, l'action communautaire autonome, le travail de la Commission des droits de la personne, sans oublier – encore une fois pour les fans de la première heure – le droit au travail des femmes musulmanes portant le hijab. Un parti qui faisait de l'éducation la « priorité des priorités » en 2018 en est venu à rejeter sauvagement des éducatrices en garderie de confession musulmane, qui auraient « fait leur choix » entre leur métier et leur religion. Le racisme et le sexisme sont complètement assumés.

Dans ce contexte, nous voilà arrivé·es au moment, survenant une fois tous les quatre ans, où la population peut faire connaître son avis, en marquant d'un X sa préférence pour l'un·e ou l'autre candidat·e de son comté. Mais cette forme d'expression populaire est d'une grande pauvreté, car elle ne peut contenir à la fois notre exaspération face au dernier gouvernement et toutes nos aspirations pour le suivant. Nos choix sont maigres ; c'est ainsi que d'élection en élection, nos conditions matérielles, nos services publics et nos acquis démocratiques se détériorent.

Une véritable appropriation populaire du débat électoral apparaît d'autant plus difficile que la période préélectorale est maintenant assujettie à la main de fer du Directeur général des élections, qui vient confisquer le débat en contrôlant sévèrement les interventions d'organisations de la société civile sur les enjeux qui les concernent. Même des tableaux comparant les programmes électoraux des partis peuvent être passibles d'amendes ! Les débats électoraux tendent à devenir la chasse gardée des candidat·es et de leurs inévitables conseiller·ères en relations publiques. Pour sa part, le commentaire médiatique est largement dominé par une caste d'ex-politicien·nes, de stratèges en communication, de tribuns démagogues et d'analystes apparemment indélogeables. Tout cela ne peut pas se substituer à de véritables débats collectifs.

Face à la droite, un choix clair ?

Cette élection s'annonce comme la plus campée à droite depuis des décennies, opposant un parti néo-duplessiste sur le déclin, un parti mené par un ex-président de chambre de commerce, un parti de droite radicale reçu avec complaisance dans le débat politique et un parti visiblement inspiré par les succès du Rassemblement national en France.

Reste Québec solidaire. Le parti a-t-il pleinement tiré les leçons de son opération catastrophique de « recentrage » sous le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois, et de la crise qui s'en est suivie ? La campagne sera un test important à ce niveau. Il est frappant de constater que le programme du parti est beaucoup plus à gauche que ce que laissent transparaître ses porte-parole et sa députation. Le parti pourrait facilement se démarquer de ses adversaires avec une parole à la fois radicale dans ses volontés de transformation sociale et inclusive dans son projet collectif.

Si le courage politique susceptible de causer un sursaut semble manquer à l'appel, n'oublions pas que ce sont les mobilisations populaires qui peuvent donner de l'élan aux forces progressistes. Or, la gauche a souvent de la difficulté à s'entendre sur des revendications rassembleuses et unitaires. Nous vous proposons trois champs d'action qui nous semblent incontournables et qui devraient susciter des discussions pendant vos escapades estivales : la relance de nécessaires actions pour contrer la crise écologique qui nous assaille ; la lutte contre la vie chère, notamment en matière de logement et d'alimentation ; la promotion des droits individuels et collectifs à l'encontre de la xénophobie, de la haine et de l'autoritarisme dans lesquels nous entraîne l'extrême droite. Voilà maintenant des décennies que les droites contribuent à ces problèmes majeurs. Faisons-nous entendre, toujours plus fort, pour que personne ne nous ignore !

Notre numéro 108 sera disponible en librairie le 26 juin prochain. Pour consulter la présentation du dossier « Action collective au Québec : Territoires en lutte », c'est ici.

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